peinture dominicaine

 

Fernando Ureña Rib

MARIANNE DE TOLENTINO

 

 

 

Pendant des années, Fernando Ureña Rib revient sans cesse, de façon intermittente, au réalisme, à travers le portrait réel ou imaginaire, les visages (même l'autoportrait), les bustes ou mi-corps, les figures isolées, - parfois combinées avec du feuillage - ou couples-soudain, une réminiscence implicite d'Adam et Ève. Il est probable que, dans le dessin comme dans la peinture, il n'abandonnera pas totalement cette tendance, de la même manière que, "converti" à l'abstractionnisme, il retournera occasionnellement vers la figuration.

 

 

Les images de Fernando Ureña Rib, à un autre niveau de lecture, se présentent à la fois comme moins rationnelles et peuplées d'analogies - la même figure peut se répéter sur une seule toile - moins logiquement déchiffrables et plus ouvertes à l'intuition. Symptomatique à cet égard est le titre "Dialogue Secrets" que l'artiste donne à une exposition mixte dessin/peinture en 1984. Nous rappelant Julio Cortázar, nous l'avons intitulée "les armes secrètes", agression subconsciente d'une fascination lancinante. Comme dans le rêve, les signes se combinent et se succèdent. Comme si la toile était la toile de fond du psychisme et de ses obsessions idylliques!

MARIANNE DE TOLENTINO

 

 

 

FERNANDO UREÑA RIB

 

A vol d' Oiseau
(Pour Amaya)


Le printemps est rentré par la fenêtre et en même temps à toute vitesse un oiseau bleu est arrivé. Mais par malchance il a tappé contre le mur de la cathédrale et il est tombé à terre. La cathédrale, je précise, était juste une photo accrochée à ce mur. Bien que petit, l’oiseau a causé un certain émoi dans le bureau. Joseph, par exemple, était déterminé à demander de l'aide, il voulait qu’une ambulance vienne et a essayé d'appeler la Société protectrice des animaux pour soigner ses ailes et ses pattes.

 Toute cette acrimonie (mauvaise humeur) éclata entre lui et Jean, un autre employé insistait pour faire une soupe avec l’ oiseau, le laisser à son sort ou le lancer dans le ciel par la fenêtre du bureau.
Après maintes insultes et invectives, Joseph décida de s’occuper lui-même du petit animal. Il le couvrit de serviettes en tissus, puis lui apporta des miettes de pain, de l’eau et l’ installa dans une boîte de chocolate odorante, avec de beaux foulards et des serviettes. L’oiseau se sentait comme un roi dans son grand palais et parfois il regardait Joseph avec douceur laissant couler ses douces larmes d’amour.


Ils passèrent plusieurs semaines au cours desquelles l'oiseau était heureux et et grandissait, grandissait…et grandissait encore. Aussi, nous dûmes l’installer dans la cuisine où il se trouva pleinement satisfait des miettes laissées après le déjeuner somptueux de Jean et de ses collègues qui apportaient de la nourriture chinoise, thaïlandaise et de succulentes empanadas chiliennes.


Je ne peux pas te dire ce qui se trouvait dans ces aliments, car après un mois l’oiseau était si grand qu’il ne rentrait plus dans la cuisine. Et peu à peu il occupa l’espace de toute la maison, de telle sorte que les employés devaient se baisser et ramper sur le sol afin d'atteindre les bureaux ou faire d’étranges gymnastiques s’ils voulaient écrire une lettre, un fax, ou aller aux toilettes.
Alors, Jean laissa éclater sa colère et son désespoir et il s’en fallut de peu pour qu’il ouvrit tout grand la fenêtre et sauta dans le vide, parce que l'oiseau l’écrasait dès qu’il pouvait de ses pattes géantes et implacables. Un jour, par un très petit espace de quelques millimètres, Jean réussit à échapper à ses griffes et à son bec et nous nous sentîmes tous soulagés.


Alors l'oiseau dit: “Venez”. Nous montâmes alors sur ses ailes et il nous offrit une
magnifique promenade de la belle ville où nous vivions, à vol d’oiseau.


FERNANDO UREÑA RIB
 

 

 

Orfica

 

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